20 juillet 2021

Ad Valoris s’entretient avec Myret Zaki : l’éthique, un modèle économique ?

Après le témoignage de Nicolas Fleury, secrétaire général adjoint de l’organisation ISO à Genève, nous avons le plaisir d’interroger Myret Zaki, journaliste économique réputée et ex-rédactrice en chef du magazine Bilan, sur la notion d’éthique dans le paysage économique suisse. Quatre questions lui sont posées en regard de son nouveau statut d’indépendante.

Ad Valoris. Quel rôle la dimension éthique pourrait-elle jouer dans la croissance des entreprises suisses ?
M. Z. Aujourd’hui, les marques et les entreprises prévalent sur le bien-être de l’individu. La qualité de vie des collaborateurs passe au second plan et si les organisations prennent peu à peu conscience de leur responsabilité sociétale, c’est en réalité grâce aux aspirations des nouvelles générations de travailleurs. Les salariés souhaitent désormais un équilibre entre activité professionnelle et vie privée, un rythme qui préserve la santé, une véritable égalité des chances, mais aussi de traitement, notamment pour les femmes.
Le boom de l’entrepreneuriat témoigne de ce désir de flexibilité, auquel les entreprises cherchent à répondre en libérant le temps de présence et en se résolvant au télétravail. L’environnement, les droits humains, les politiques salariales équitables sont d’indéniables leviers d’image et d’attractivité, mais ils exigent un investissement préalable qui grève la performance à court terme. C’est probablement ce qui freine l’évolution vertueuse de nombreuses entreprises, qui peinent à inscrire leurs politiques dans le long terme.

Cette évolution vertueuse s’appuie-t-elle sur un retour aux valeurs traditionnelles ou au contraire l’affranchissement du modèle hérité de la révolution industrielle ?
Il y aurait beaucoup à réapprendre des sociétés traditionnelles dont l’absence d’idéal productiviste favorisait une certaine simplicité des valeurs. Aujourd’hui, l’urgence environnementale et peut-être aussi la perte de confiance dans les institutions dirigent des citoyens vers la quête d’un bonheur qualitatif plutôt que vers une réussite économique à tout prix.
Si l’on considère l’histoire, il ne fait pas de doute que l’essor du capitalisme industriel durant le XXe siècle a créé un marché du travail sur lequel le salarié de base a progressivement perdu en pouvoir de négociation. La culture de la performance a longtemps éloigné patrons et cadres de toute préoccupation éthique.
Aujourd’hui, nous sommes entrés dans une dimension individuelle, que les entreprises devront intégrer pour conserver leur attractivité vis-à-vis des nouveaux talents et des prérequis sociétaux imposés par les consommateurs.

La stratégie énergétique de la Suisse est-elle un argument économique ?
Ce sont principalement les entités politiques et les cantons soutenus par la Confédération qui conduisent les stratégies durables. Les entreprises se tiennent relativement à l’arrière-plan de ces bonnes intentions, car elles doivent encore faire face à une concurrence mondialisée souvent moins scrupuleuse. À titre d’exemple, c’est à l’initiative de l’Europe que les banques et les sociétés financières suisses s’engagent à favoriser les fonds de placement qui sélectionnent les entreprises qui respectent les critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance).

Pour conclure cette interview et sachant que vous avez choisi de poursuivre votre carrière en qualité d’indépendante, en êtes-vous plus heureuse ?
Je me sens plus passionnée que jamais, grâce à la liberté que me confère ce statut. J’équilibre mon existence entre mes passions personnelles et mon métier, que je peux diversifier en explorant de nouveaux territoires. L’argent n’est pas mon moteur, je lui préfère le plaisir des rencontres et du temps libéré. Si je pouvais apporter un conseil au lecteur de cette interview, ce serait de ne pas se laisser trop aveugler par les injonctions omniprésentes à l’innovation et de continuer surtout à privilégier la dimension humaine.

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