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Edito

Entretien avec la direction d’Ad Valoris, Sophie Tijeras et Thierry Ungaro, à l’occasion de l’ouverture des locaux de Lausanne

Ad Valoris ouvre de nouveaux locaux à Lausanne. L’occasion d’échanger avec Sophie Tijeras, directrice associée, et Thierry Ungaro, associé fondateur, qui dirigent ensemble le cabinet, sur ce qui rend cette nouvelle étape possible : seize ans de route commune.

Ce nouveau chapitre ne doit rien au hasard. Il prolonge une conviction, celle qu’accompagner les organisations de Suisse romande se pratique sur le terrain, au plus près de leur réalité. Mais cet événement s’inscrit surtout dans une histoire : celle d’un duo qui avance d’un même pas depuis seize ans.

Pour l’occasion, Sophie Tijeras et Thierry Ungaro se prêtent à un entretien croisé. Ils y racontent la naissance d’Ad Valoris, cabinet de conseil en stratégie venu au monde sans business plan ni plan stratégique : l’ironie ne leur échappe pas. Ils y dévoilent surtout ce qui fait tenir un binôme de direction dans la durée : le dialogue permanent, la règle du veto et un cadre relationnel, cultivé dès les débuts.

En 2026, Ad Valoris ouvre de nouveaux locaux à Lausanne, neuf ans après ceux de Genève. Pourquoi cette nouvelle étape ?

Thierry Ungaro. C’est d’abord une évidence de terrain, plutôt qu’une stratégie calculée de longue date. Une part croissante de nos mandats se déroule dans le canton de Vaud, et nous avons la conviction profonde que le conseil ne se pratique pas à distance : il se fait sur place, auprès des équipes. Dès lors, il n’y a pas de raison de se limiter à un territoire borné par une frontière sur une carte, alors qu’à vingt kilomètres de là, des entreprises et des institutions vivent les mêmes logiques de transformation.

Sophie Tijeras. L’ancrage local compte beaucoup pour nous. Une présence visible à Lausanne nous rapproche de nos clients vaudois et nous permet d’attirer des collaborateurs établis dans le canton.

Comment ce projet est-il né ?

Thierry Ungaro. En 2023, nous nous sommes assis, Sophie et moi, pour nous interroger sur la direction à donner au cabinet. Notre plan stratégique précédent visait un cabinet de quinze à vingt collaborateurs, reconnu pour son excellence, et cette vision était atteinte sur quasiment tous les plans. Restait un choix : consolider le cabinet tel que nous l’avions construit, une voie plus prévisible sans être plus facile, ou emprunter celle de l’expansion géographique et sectorielle, avec sa part d’incertitude, de construction et de défi. Nous avons choisi la seconde, avec une nouvelle vision : un cabinet de trente à quarante collaborateurs, installé sur trois à quatre sites en Suisse. Après Genève, Lausanne en est la première étape.

Cet événement est aussi l’occasion de revenir sur les débuts d’Ad Valoris. Comment le cabinet est-il né ?

Thierry Ungaro. À la base, il n’y a ni business plan, ni levée de fonds, ni projections à cinq ans. Il y a une conviction profonde : notre positionnement allait réussir, parce que la demande était là. J’ai d’abord exercé seul, pendant quatre à cinq ans, jusqu’au jour où le travail a dépassé ce qu’une seule personne peut absorber. Une relation commune m’a alors présenté une consultante, Sophie. Nous nous sommes rencontrés autour d’un café et, très clairement, c’est elle qui m’a fait passer un entretien de recrutement. Notre collaboration a commencé en 2010, et Ad Valoris est né dans la foulée, en 2011.

Sophie Tijeras. Assez vite, j’ai su ce que je cherchais : être consultante sur des mandats et, dans le même temps, apporter ma pierre à un édifice. Le jour où je l’ai dit à Thierry, sa réponse a été immédiate : « Viens le faire chez Ad Valoris. » Les premières années, nous étions quatre ou cinq consultants, chacun absorbé par ses mandats, organisés en étoile autour de Thierry. Avec une autre consultante, nous lui avons alors proposé d’élaborer le plan stratégique d’Ad Valoris. Sa réponse a été fidèle à ce qu’il est : « Réfléchissez, proposez-moi quelque chose. » Nous sommes revenues avec des propositions d’actions : créer une identité visuelle, un site internet, créer une dynamique d’équipe, louer nos premiers bureaux, et il a dit oui à tout. C’est ainsi que nous sommes passés d’une organisation en étoile à une véritable entreprise.

« Très clairement, c’est elle qui m’a fait passer un entretien de recrutement. »

Thierry Ungaro, associé fondateur

Dans cette lignée, comment votre duo s’est-il formé et comment s’est-il construit au fil des années ?

Thierry Ungaro. Le binôme s’est d’abord construit dans la matière même du métier : les séances clients et leur préparation. C’était l’artisan et l’apprenti. De cette pratique quotidienne est née une convergence de points de vue très forte, que les années n’ont fait que renforcer : pendant longtemps, nous menions tous les mandats ensemble.

Sophie Tijeras. Nous avons d’abord appris à nous connaître professionnellement, très vite, dans une relation de supervision sur les mandats qui fonctionnait très bien. Lorsque j’ai rejoint la direction, nous avons appris à nous connaître autrement, comme deux membres d’une même direction. Dans le même mouvement, nous avons appris à exprimer nos désaccords de fond de manière constructive.

Clients comme collaborateurs vous décrivent comme deux personnalités très différentes. Comment vous complétez-vous ?

Thierry Ungaro. Je dirais que j’apporte un cap, des projections et Sophie structure, organise ce que je lance. Au-delà de cette complémentarité, elle est le sparring-partner avec lequel j’éprouve mes idées. S’asseoir, dessiner des schémas, examiner ensemble ce qui se passerait si l’on prenait telle direction plutôt que telle autre : l’exercice est infiniment plus facile, et plus intéressant, à deux que seul.

Sophie Tijeras. Ce que Thierry m’apporte, c’est à la fois la vision et une capacité permanente de remise en question. Rien n’est jamais acquis : tout peut être rediscuté, rouvert, amélioré, toujours dans l’optique d’avancer. Au final, nous n’avons pas d’autres limites que celles que nous nous fixons. Pour nos clients, nous pouvons aller aussi loin que notre pensée nous porte ; en interne, si une meilleure idée surgit demain, nous pouvons tout ajuster en gardant le cap. C’est un état d’esprit que j’ai fini par intégrer, bien au-delà du cadre professionnel.

« Nous n’avons pas d’autres limites que celles que nous nous fixons. »

Sophie Tijeras, directrice associée

Le conseil ne se pratique pas à distance : il se fait sur place, auprès des équipes.

Thierry Ungaro, associé fondateur

Seize ans à deux, cela suppose de savoir traverser des zones de turbulence. Comment faites-vous face à l’incertitude, qu’il s’agisse d’une conjoncture qui se retourne ou d’un imprévu majeur ?

Thierry Ungaro. Nous n’avons jamais connu de « difficultés » au sens dramatique du terme, c’est-à-dire que nous ne nous sommes jamais trouvés au bord du gouffre ni dans une impasse. Il y a eu des événements à gérer, plus ou moins faciles, et c’est la vie normale d’une entreprise qui grandit. Le plus difficile à intégrer se trouvait ailleurs : comprendre que le projet d’entreprise est plus long que les individus. Nous étions très forts pour gérer les débuts, moins pour gérer les fins, parce que j’avais intimement relié l’équipe au projet d’entreprise. Les discussions avec Sophie m’ont fait progresser : il faut un projet pour l’entreprise, un projet qui embarque les collaborateurs sans jamais se confondre avec eux.

Sophie Tijeras. Nous partons du principe que l’on ne peut rien vraiment prévoir : un grand imprévu n’est rien d’autre que la vie courante. Ce n’est pas la panique, c’est une nouvelle donnée d’entrée. On se pose, on mesure les impacts, on engage les premières actions, puis on s’ajuste. Le Covid en est l’illustration : nous n’avons pas cherché à prévoir dix coups à l’avance, seulement à décider du prochain pas.

Thierry Ungaro. Pendant des années, nos vœux de fin d’année ont d’ailleurs tourné autour d’une même idée : à la fin, ce n’est jamais l’inévitable qui se produit, c’est l’inattendu.

« À la fin, ce n’est jamais l’inévitable qui se produit, c’est l’inattendu. »

Thierry Ungaro, associé fondateur

Et comment agissez-vous en cas de désaccord ?

Thierry Ungaro. Nous avons posé dès le début une règle non négociable : le veto. Si l’un de nous le pose, la discussion s’arrête et l’on change d’angle. En seize ans, il n’a servi qu’une ou deux fois, et il n’a jamais laissé de frustration : c’est la règle du jeu, acceptée de part et d’autre, et elle garantit un équilibre parfait puisqu’il n’existe aucune hiérarchie dans nos discussions. Au quotidien, un problème n’est d’ailleurs jamais mon problème ou celui de Sophie : c’est notre situation à gérer.

Sophie Tijeras. Nos discussions portent sur le fond, jamais sur les personnes que nous sommes : ce sont des débats d’opinions, non des conflits. Bien sûr, certaines situations sont émotionnellement plus exigeantes que d’autres, et ce que nous avons appris, c’est à verbaliser dans tous les cas. Thierry en est capable sur le moment ; moi, j’ai appris à le faire soit sur le moment, soit après coup. Comme il est ouvert à tout feedback exprimé avec respect, nous avons toujours pu tout nous dire.

Ouvrir un site, c’est une grande décision, une étape dans l’histoire d’Ad Valoris. Comment êtes-vous passés d’une décision de cette taille, et des doutes qui vont avec, à l’action ?

Sophie Tijeras. Nous ne l’avons pas vécue comme une décision énorme : c’est la continuité d’une intention. Un jour, on se dit que le prochain pas, c’est Lausanne. Nous avons fait nos calculs, cherché des bureaux et, à un moment, franchi le pas, parce que tant qu’on ne l’a pas franchi, on ne sait pas. Nos points hebdomadaires ont simplement revalidé l’intention en chemin : est-ce toujours ce que nous voulons ? Rien n’avait suffisamment changé, ni en interne ni à l’extérieur, pour nous faire changer d’avis. Alors nous y sommes allés.

Thierry Ungaro. C’est notre méthode des petits pas : plutôt qu’un plan parfait à cinq ans, une question, toujours la même : que fait-on sur les six premiers mois ? Elle s’accompagne d’une autorisation permanente, celle de requestionner l’orientation en avançant.

Sur le projet Lausanne comme au quotidien, comment vous répartissez-vous les rôles ?

Sophie Tijeras. La répartition se fait par affinités avec les sujets et en cohérence avec nos rôles habituels. Nos périmètres sont répartis mais poreux : Thierry s’occupe plutôt de l’extérieur et du développement commercial, moi plutôt de l’intérieur et du développement des collaborateurs. L’ouverture de Lausanne contribuant largement à notre développement externe, c’est naturellement lui qui a porté le projet.

Thierry Ungaro. Chacun porte les sujets qu’il souhaite, et celui qui porte une idée avance tant qu’il n’y a pas de veto. Le premier pas concret de Lausanne en a découlé : que l’un de nous s’en occupe et lance la recherche de locaux.

Quel conseil donneriez-vous à deux dirigeants qui se lancent aujourd’hui en binôme ?

Thierry Ungaro. Nous nous méfions des conseils : chaque binôme est singulier, chacun vit sa propre expérience. S’il fallait néanmoins partager la nôtre, ce serait d’abord ceci : parlez-vous. De vous, du métier, de la vie, de vos valeurs. Et écoutez réellement ce que l’autre dit, pour le comprendre plutôt que pour lui répondre. Les représentations mentales évoluent en permanence : celui qui reste sur une image figée de ce que pense l’autre finit par s’en écarter, et ce réajustement ne doit pas attendre plus d’une semaine ou deux. Notre expérience nous a également appris la valeur des limites. Nous ne partons pas en vacances ensemble et n’entretenons pas d’intimité autre que professionnelle : ce choix délibéré préserve le recul et le libre arbitre de chacun.

Sophie Tijeras. Cette distance, j’y tiens énormément. Thierry est sans doute, après mon mari, la personne qui me connaît le mieux. Les choses importantes, nous les partageons évidemment ; le reste appartient à chacun, et c’est très bien ainsi.

Et si vous deviez résumer ces seize ans en une phrase chacun ?

Thierry Ungaro. Vous vous trompez : cela ne fait pas seize ans, cela fait trois semaines.

Sophie Tijeras. Un voyage qui nous ressemble.

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« Nous n’avons pas d’autres limites que celles que nous nous fixons » 

 

Sophie Tijeras et Thierry Ungaro, la co-direction d’Ad Valoris

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