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Leader d'opinion

Ad Valoris s’entretient avec Nicolas Curty, Président et CFO du Groupe Affolter.

En quelques mots

Un échange enrichissant sur l'industrie de précision suisse, l'automatisation et l'IA.

Passer de la banque d’affaires à l’industrie, c’est souvent faire le choix d’une compétition internationale, au contact d’adversaires rugueux. C’est ce qu’a décidé Nicolas Curty à la trentaine, au terme d’une première phase de carrière consacrée au financement des entreprises.

Ce sont les patrons qu’il a rencontrés durant cette période qui l’ont inspiré, au point de rejoindre la maison Affolter SA, fleuron manufacturier du Jura bernois, partie francophone du canton de Berne historiquement liée à l’horlogerie et à la microtechnique. Fabricant de rouages pour l’horlogerie, entre autres, mais aussi concepteur des machines qui permettent de les produire, ce groupe familial fondé en 1919 est l’exemple gagnant d’une évolution établie sur la compréhension des enjeux à venir, sans oblitérer un extraordinaire niveau de qualité.

Dans cet entretien, Ad Valoris interroge Nicolas Curty sur son parcours, intimement lié à celui d’Affolter SA, dont il dirige les intérêts depuis de longues années.

Ad Valoris — Nicolas, qu’est-ce qui amène un homme issu de la banque suisse à choisir l’industrie ?

Nicolas Curty — La banque n’a été en réalité qu’une parenthèse professionnelle. J’ai en effet suivi des études en économie d’entreprise à la HEG à Neuchâtel, qui me prédestinaient plus à la production qu’à la finance. Cela étant, j’ai beaucoup appris de cette première expérience. Mais je suis rapidement retourné à un univers plus en rapport avec la tradition familiale.

21 ans après vos premiers pas chez Affolter SA, vous en présidez la destinée. Pourquoi une telle fidélité ?

C’est une entreprise familiale centenaire, dotée d’un actionnariat solide qui adhère à l’idée d’un développement à long terme. Nous conduisons de nombreux projets, intervenons régulièrement sur notre chaîne de valeur pour optimiser nos processus, concevons de nouveaux produits, pénétrons de nouveaux marchés. Ce dynamisme du Conseil favorise notre culture d’ouverture. Avec environ 200 collaborateurs, nous privilégions la stabilité et défendons la tradition de qualité propre à la Suisse. Comme toute entreprise, nous avons traversé des crises, mais la fidélité et l’implication de sa composante humaine, de l’atelier aux organes d’administration, ont toujours constitué un rempart face aux difficultés.

Vous n’appartenez pas à la famille propriétaire. Comment réussissez-vous à conserver la neutralité et la fermeté nécessaires ?

La règle numéro une, c’est de privilégier l’intérêt de l’entreprise. La maturité des actionnaires, qui considèrent Affolter SA comme un membre de la famille, est un élément facilitateur déterminant.

Qui sont vos concurrents ?

Nous avons des concurrents en Suisse pour la partie horlogère et partout dans le monde pour la partie machines-outils.. La veille concurrentielle ne doit certes pas influencer notre modèle d’affaires, mais elle permet néanmoins d’observer la marche du monde.

Y a-t-il un moment où vous avez douté d’une décision stratégique importante ?

L’année 2019 a vu la troisième génération de la famille quitter le Groupe. La génération qui lui a succédé a pris ses marques dans un contexte économique délicat, avec une rentabilité insuffisante dans certains domaines. J’ai été nommé président du Conseil à cette époque. Notre portefeuille de produits, en particulier les machines, méritait d’être repensé. J’ai proposé un séminaire avec les administrateurs et la Direction afin que nous puissions tout mettre à plat, détecter les progrès à accomplir et convenir d’une nouvelle stratégie globale. Je m’interrogeais alors sur la pertinence économique de notre secteur « machines », qui était exigeant en matière d’investissements et peu rentable. Mes doutes se sont dissipés grâce à ce formidable travail d’équipe et à la mobilisation de tous les talents. Huit ans après, je sais à quel point cette rencontre a été féconde et a permis de relancer l’entreprise dans notre spécificité de fabricant de machines.

Qu’avez-vous entrepris pour maintenir et valoriser l’activité « machines » ?

C’est avant tout un pilier stratégique pour nous, car nous ne dépendons de personne pour réaliser nos propres rouages. Nous avons automatisé une part importante de la fabrication afin de gagner en productivité, assurer l’excellence de notre qualité, maîtriser le planning et, in fine, être compétitifs sur le marché mondial. L’automatisation est la clé de la réussite industrielle, que nous enrichirons à très court terme de l’intelligence artificielle. Ajoutée à notre leadership dans le secteur horloger, elle nous donne accès au marché de la robotique humanoïde. Si nous ne construisions et ne commercialisions pas nos machines, nous ne serions qu’un simple sous-traitant qui essaie de faire au mieux avec les mêmes moyens que ses concurrents..

Pour quelles raisons intéressez-vous les fabricants de robots humanoïdes ?

Nous sommes un leader des engrenages pour la haute horlogerie et la microtechnique. Notre expérience est une valeur ajoutée pour l’industrie des robots humanoïdes, pour laquelle nous développons des savoir-faire spécifiques, sur la base d’une expérience centenaire. Une main, une articulation, des têtes de robots tournant à 360° fonctionnent avec des engrenages, que nous produisons. Nous sommes également actifs dans d’autres secteurs ayant les mêmes besoins, notamment l’automobile, l’aéronautique et la défense.

Quelle est votre projection pour les vingt prochaines années ?

Notre objectif est de nous maintenir au premier plan technologique, aussi bien dans la production de rouages que dans la fabrication de machines à commercialiser.

Pensez-vous que le monde vit un moment de bascule avec l’avènement de l’intelligence artificielle ?

On a de la peine à imaginer ce qui est en train de se passer. C’est multidimensionnel. Dans le monde du travail, on parlait de robotique ; aujourd’hui l’intelligence artificielle est au cœur de toutes les stratégies. C’est une véritable révolution.

Que vaut le fameux tour de main suisse face à cela ?

C’est justement ce que l’IA ne peut pas remplacer : la capacité humaine à concevoir de nouveaux modèles sur la base de ses intuitions et à façonner des objets en leur donnant une âme. Les autorités suisses ont une grande responsabilité dans l’avenir proche du pays ; elles doivent intégrer les bouleversements systémiques à venir, pour ne pas être prises de vitesse.

Qu’est-ce qui fait selon vous l’intelligence d’une organisation industrielle aujourd’hui ?

En ce qui concerne notre secteur d’activité, l’équipement et l’automatisation. Il faut dorénavant compter sur les dispositifs d’IA, qui seront déterminants à très court terme dans la bataille concurrentielle. L’intelligence artificielle fait gagner du temps et engendrera plausiblement une nouvelle compétition tarifaire.

Comment réussirez-vous à justifier qu’un produit soit plus cher parce qu’il est suisse ?

Contrairement à certains pays européens, la Suisse possède encore une industrie significative. Elle ne se destine pas (ou peu) aux produits bon marché. En revanche, nous figurons parmi les leaders mondiaux de la haute précision, grâce notamment à une filière de formation académique et professionnelle particulièrement performante. Les clients se tournent vers la Suisse pour des raisons pragmatiques : ils achètent parce qu’ils ne trouvent pas ailleurs un même niveau de qualité, mais aussi de service. La fiabilité de l’industrie suisse, dans un espace économique dérégulé et instable, est un argument évident.

Si vous deviez partager quelques convictions avec les nouvelles générations d’ingénieurs et de techniciens, que leur diriez-vous ?

L’ingénierie suisse est très compétente, mais cela ne suffit plus. Il faut être capable de développer une certaine créativité ainsi qu’une aptitude à comprendre les enjeux stratégiques.

Que leur proposez-vous chez Affolter SA ?

Nous offrons un excellent cadre de travail, d’intéressantes perspectives d’évolution et défendons l’idée d’un parcours professionnel immersif, où l’on pratique son métier en profondeur, dans un esprit d’investigation et de maîtrise, voire d’excellence. Les Suisses, qui ont vécu dans un certain confort ces 50 dernières années, doivent revenir à plus de vigilance, car la bataille mondiale est entrée dans une nouvelle dimension avec l’intelligence artificielle et le retour du protectionnisme. L’instabilité économique, mais aussi l’impact numérique sur les fonctions, vont nécessiter de nouvelles aptitudes, y compris dans le management.

Vous qui pensez technologie au quotidien, qu’est-ce qui arrive encore à vous étonner ?

L’humain, car il est capable de s’adapter magistralement à tous les changements. Finalement, si l’on regarde l’histoire de l’humanité, il y a eu des chocs invraisemblables. L’Homme parvient toujours à s’adapter et à créer un futur positif. Nous manquons peut-être de grands personnages providentiels et désintéressés pour dessiner les contours d’un avenir commun.

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« L’IA ne peut pas remplacer la capacité humaine à concevoir de nouveaux modèles sur la base de ses intuitions et à façonner des objets en leur donnant une âme. »

 

Nicolas Curty, Président et CFO du Groupe Affolter

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